C’est une scène devenue presque ordinaire à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo : plusieurs dizaines, voire des centaines de personnes réunies pour pleurer un proche, au mépris apparent des mesures prises pour contenir Ebola.
Depuis le 9 juillet, un arrêté du gouverneur Paulin Lendongolia Lebabonga, interdit provisoirement les rassemblements de masse sur l’ensemble de la province. Une mesure destinée à réduire les contacts rapprochés et, par conséquent, les risques de transmission du virus.
Mais à kisangani, les cérémonies funéraires continuent de se tenir en toute tranquillité. La place des Martyrs, en plein cœur de la commune de Makiso, est notamment devenue l’un des principaux lieux où sont organisées ces cérémonies.
Presque chaque jour, des obsèques y réunissent d’importants rassemblements, parfois plusieurs milliers de personnes. La situation interroge d’autant plus que les organisateurs de ces cérémonies s’acquittent de frais auprès de la mairie de Kisangani, selon les informations recueillies par La Cloche du Congo. Or, le maire de la ville figure, d’après l'arrêté, parmi les autorités chargées de veiller à l’exécution de la décision de l'autorité provinciale.
Les cérémonies funéraires font-elles donc exception à l’interdiction des rassemblements de masse ? Ou faut-il considérer que le deuil bénéficie d’un régime particulier dans le dispositif de lutte contre Ebola ? Ces questions qui restent sans réponses claires.
Sur place, les scènes observées sont pourtant les mêmes : à chaque cérémonie, les participants se retrouvent nombreux, souvent côte à côte, pour rendre hommage aux défunts. Une proximité qui n’est pas sans risque alors que l’épidémie continue de circuler dans la province, et fait des victimes même dans le rang des médecins.
Pendant ce temps, les équipes de la riposte dressent un bilan qui rappelle que la menace est loin d’être écartée. La Tshopo compte désormais 42 cas confirmés, après l’enregistrement de trois nouveaux cas. Parmi ceux-ci, deux personnes sont vivantes et un prélèvement effectué sur un décès s’est révélé positif. Le bilan fait également état de 18 décès, 13 guérisons et 12 cas actifs.
Le personnel de santé n’est pas épargné. Douze professionnels de santé ont été contaminés depuis le début de l’épidémie, dont un médecin de kisangani qui vient de prendre sa vie ce jeudi 23 septembre.
Sept zones de santé sur les 23 que compte la province sont déjà touchées, tandis que le nombre d’aires de santé touchées est passé à 24.
La surveillance des contacts constitue également un défi. Plus de 103 alertes ont été enregistrées, dont sept ont été validées. Sur 332 contacts suivis, 280 ont déjà été vus, tandis que 38 restent encore introuvables. Le taux de suivi s’établit ainsi à 84 %.
Alors que les équipes de riposte multiplient les efforts pour casser les chaînes de transmission, les rassemblements funéraires continuent donc de poser question à Kisangani.
Rédaction
