Depuis mars 2026, Isangi l'un des territoires de la province de la Tshopo, fait face à des inondations persistantes d’une ampleur alarmante.
Selon les données du Centre de monitoring et d’alertes humanitaires (CMAH), plus de 20 000 ménages sont aujourd’hui sinistrés, dans une crise qui met à rude épreuve les capacités de réponse des autorités de ce territoire.
Le dernier bulletin d’alerte humanitaire d’avril dresse un constat sévère : 32 villages déjà identifiés sont touchés, avec des habitations submergées ou détruites. Dans le détail, des localités comme Isangi-centre, Yabasabola, Ilondo ou encore Yalikina figurent parmi les plus durement frappées, portant le bilan à 20 289 ménages sinistrés.
Mais ces chiffres pourraient être en deçà de la réalité. Faute de moyens logistiques, plusieurs zones enclavées restent inaccessibles aux équipes d’évaluation.
« Beaucoup d’autres villages éloignés n’ont pas été visités faute de logistique et de mobilité. Ces données nous ont permis d’alerter, mais sans réponse favorable du gouvernement ni des partenaires », déplore Jérôme Katusi Kalome, chef d’antenne des actions humanitaires et de la Solidarité nationale à Isangi.
Depuis le 16 mars, les eaux ne cessent de monter, sans décrue significative. Une situation qui bouleverse profondément le quotidien des habitants.
Les activités économiques agriculture, pêche, élevage et commerce sont à l’arrêt. Les routes et voies fluviales, principales artères de circulation dans cette région enclavée, sont submergées, isolant davantage les communautés. « Plusieurs familles passent la nuit à la belle étoile, exposées aux intempéries », alerte Jérôme Katusi Kalome, évoquant également des cas de noyade d’enfants dans certaines localités.
L’accès aux soins de santé et à l’éducation est désormais fortement compromis, accentuant la vulnérabilité de populations déjà fragilisées.
Territoire riverain de plusieurs cours d’eau, Isangi est régulièrement exposé à ce type de catastrophes. Mais l’absence d’infrastructures adaptées et de mécanismes de prévention efficaces transforme ces épisodes en crises récurrentes.
Le bulletin souligne d’ailleurs l’urgence de réhabiliter les habitations détruites lors des précédentes inondations survenues entre 2022 et 2025 un chantier resté largement inachevé.
Malgré quelques actions, notamment l’identification partielle des zones touchées et la distribution limitée de produits de traitement d’eau, la réponse humanitaire demeure largement en deçà des besoins.
« Les faibles quantités de médicaments distribuées n’ont pas couvert tous les villages sinistrés », reconnaît le responsable humanitaire local.
Les besoins sont jugés critiques, notamment en abris, en eau potable, en hygiène et assainissement (WASH), ainsi qu’en nutrition.
Contacté, l’administrateur du territoire, Toussaint Loholo Keke, confirme la gravité de la situation. Il indique que des campagnes de sensibilisation sont en cours pour limiter les risques sanitaires, notamment en encourageant la consommation d’eau traitée.
Mais face à l’ampleur de la crise, les autorités locales appellent à une mobilisation immédiate. « Nous lançons un appel pressant aux autorités nationales, provinciales et aux partenaires humanitaires pour une intervention d’urgence », insiste-t-il.
Avec 431 villages répartis en 53 groupements et 13 secteurs et chefferies, dont plus de 30 déjà fortement touchés, le territoire d’Isangi pourrait faire face à une crise prolongée si aucune réponse d’envergure n’est rapidement déployée.
Rédaction.
