Réunies à Kinshasa ce 10 juin 2026 dans le cadre du premier Café électoral de l'année organisé par le Centre National d'Appui au Développement et à la Participation Populaire (CENADEP), plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face au débat grandissant sur un éventuel changement de la Constitution de la République démocratique du Congo.
Dans une déclaration rendue publique à l'issue de cette rencontre citoyenne, les participants estiment que cette controverse politique occupe une place disproportionnée dans l'espace public au détriment des défis majeurs auxquels le pays est confronté, notamment la guerre dans l'Est, la crise humanitaire, l'épidémie d'Ebola, la corruption et les préparatifs des élections générales de 2028.
Les organisations signataires constatent que le débat sur la révision ou le changement de la Constitution accentue les divisions entre acteurs politiques, organisations citoyennes et confessions religieuses. Elles s'inquiètent particulièrement de la polarisation observée entre les partisans de la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4) et ceux de la Coalition Article 64 (C64), une situation qui, selon elles, pourrait favoriser des tensions et des affrontements entre militants.
Tout en rappelant que la Constitution prévoit elle-même les mécanismes de sa révision à travers ses articles 218 à 220, ces organisations jugent que le contexte actuel ne constitue pas une priorité pour engager un tel débat. Elles soulignent que les efforts nationaux devraient plutôt être orientés vers la restauration de l'intégrité territoriale, la sécurisation des populations, la lutte contre les groupes armés, l'amélioration des conditions de vie des Congolais ainsi que le renforcement du climat démocratique.
La société civile dénonce également les interprétations qu'elle qualifie de partisanes et parfois erronées de la Constitution, estimant qu'elles contribuent à entretenir la confusion dans l'opinion publique. Selon les signataires, la stabilité du pays repose davantage sur le respect des institutions, la préservation de l'État de droit et l'organisation régulière d'alternances démocratiques pacifiques que sur la modification des règles fondamentales.
À l'issue de leurs travaux, les organisations ont formulé plusieurs recommandations. Elles demandent au Président de la République de respecter son serment constitutionnel, de garantir les libertés publiques, de préserver les acquis démocratiques et de convoquer un dialogue national inclusif afin de renforcer la paix et la cohésion nationale.
Au Gouvernement, elles recommandent de concentrer ses efforts sur la restauration de l'intégrité territoriale, l'assistance aux populations déplacées, la lutte contre Ebola, l'amélioration des conditions socio-économiques et le soutien accru aux Forces armées de la RDC.
S'adressant au Parlement, elles l'invitent à privilégier l'intérêt supérieur de la Nation dans l'examen des réformes institutionnelles, à renforcer son rôle de contrôle de l'action publique et à retirer de la proposition de loi sur l'organisation du référendum les dispositions qu'elles considèrent comme susceptibles d'accorder des pouvoirs exceptionnels au Chef de l'État.
Les organisations de la société civile exhortent également la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à prendre dès maintenant toutes les dispositions nécessaires pour l'organisation des élections générales de 2028, dans le respect des délais constitutionnels, tout en garantissant la transparence et la crédibilité du processus électoral.
Enfin, elles appellent les acteurs politiques à renoncer aux discours de haine et aux manipulations, à respecter le pluralisme démocratique et à privilégier exclusivement les voies démocratiques dans la conquête du pouvoir. Elles encouragent par ailleurs les médias, les confessions religieuses et les organisations citoyennes à poursuivre leurs efforts d'éducation civique, de promotion d'une information fondée sur les faits et de consolidation de la cohésion nationale.
Franck Yenga
