Journaliste et consultant en communication stratégique
Dans la Tshopo, la jeunesse est souvent aux premières lignes de la contestation politique. Elle dénonce, interpelle, manifeste, exige des comptes et réclame régulièrement le départ des dirigeants qu’elle juge responsables du retard de la province.
Depuis le démembrement de l’ancienne Province Orientale, plusieurs gouverneurs se sont succédé à la tête de la Tshopo. Certains ont été fortement contestés. D’autres ont même quitté leurs fonctions à la suite de procédures politiques engagées dans un contexte où la mobilisation des jeunes a souvent pesé dans le débat public.
Mais une question mérite désormais d’être posée : si nous reproduisons les mêmes méthodes, pouvons-nous espérer des résultats différents ?
Changer un gouverneur ne suffit pas nécessairement à changer une province. Le départ d’un dirigeant présenté comme incompétent ou mauvais gestionnaire ne garantit pas que son successeur fera mieux. La Tshopo a connu plusieurs dirigeants en quelques années, tandis que les mêmes plaintes reviennent : mauvaise gouvernance, insuffisance des infrastructures, chômage des jeunes, faiblesse des investissements, manque de perspectives et sentiment de stagnation.
Et si le véritable changement de paradigme consistait à passer de la contestation à la participation ?
La trajectoire de Mateus Kanga offre, à cet égard, matière à réflexion. Autrefois très présent dans la critique de l’action politique et de la gestion provinciale, il a choisi de ne plus rester uniquement dans la position de celui qui dénonce. Il s’est engagé dans la politique et exerce aujourd’hui la présidence de l’Assemblée provinciale de la Tshopo.
Son parcours pose une question fondamentale à la jeunesse : combien de jeunes qui réclament le changement sont réellement prêts à prendre des responsabilités pour le construire ?
Nous avons longtemps considéré la politique comme l’affaire des autres. Nous avons critiqué ceux qui gouvernent tout en refusant parfois d’entrer dans l’arène où se prennent les décisions. Nous avons demandé des comptes sans toujours accepter d’assumer la responsabilité qui accompagne le pouvoir.
Cette logique doit évoluer.
La jeunesse de la Tshopo ne doit pas être uniquement une force de contestation. Elle doit devenir une force de proposition, de décision et de transformation.
Cela ne signifie pas que chaque jeune doit devenir politicien. La société a besoin de journalistes, d’entrepreneurs, d’enseignants, d’ingénieurs, de médecins, d’agriculteurs, d’artistes, de chercheurs et de professionnels engagés. Mais chacun peut contribuer à la vie publique et, lorsque les circonstances l’exigent, accepter de prendre des responsabilités.
Les phrases comme « Je ne ferai jamais de politique » ou « La politique, ce n’est pas pour moi » ne peuvent plus constituer une réponse automatique à la crise de gouvernance que nous dénonçons.
Car lorsque les citoyens compétents désertent l’espace politique, celui-ci ne reste pas vide. D’autres l’occupent et prennent les décisions à leur place.
La question n’est donc plus seulement de savoir qui doit partir. Elle est aussi de savoir qui est prêt à prendre la relève, avec quelles compétences, quelle vision, quelle intégrité et quel projet pour la Tshopo.
Nous voulons une province différente ? Préparons les hommes et les femmes capables de la bâtir.
Nous voulons une meilleure gouvernance ? Formons-nous à la gouvernance.
Nous voulons des dirigeants responsables ? Acceptons, nous aussi, d’assumer des responsabilités.
Les jeunes veulent le changement, mais le véritable défi est de devenir eux-mêmes les acteurs de ce changement.
À la jeunesse de la Tshopo : le temps est peut-être venu de passer de la tribune à l’action, de la critique à la proposition, de l’indignation à l’engagement.
À nous le futur.
À nous la responsabilité.
À nous le développement de la Tshopo.
