Le dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, convoqué par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, continue de susciter des débats et des prises de position au sein de la classe politique et de la société congolaise.
Parmi les personnalités scientifiques qui réagissent à cette initiative figure le professeur Jean-Pierre Lifoli, enseignant à l’Université de Kisangani. Il s’est exprimé sur la question au cours d’une interview accordée ce samedi 29 août à la chaîne Canal Orient.
Selon lui, le format proposé par le chef de l’État ne constitue nullement un dialogue exclusif. Bien au contraire, estime-t-il, cette initiative s’inscrit dans un processus plus large de recherche de la paix, dont les négociations et initiatives diplomatiques internationales constituent déjà plusieurs étapes.
Le scientifique salue l’initiative du président de la République, estimant que la situation sécuritaire et politique du pays impose la mise en place d’un cadre de réflexion nationale. « Nous saluons l’annonce par le président de la République du dialogue national pour tenter de trouver une solution aux problèmes qui gangrènent notre pays, parmi lesquels l’insécurité qui a fait qu’une partie du territoire national échappe au contrôle du gouvernement central », a déclaré le professeur Jean-Pierre Lifoli.
Face aux critiques dénonçant l’exclusion des groupes ayant pris les armes contre la République, le professeur de l’Université de Kisangani estime que la position du chef de l’État doit être analysée avec réalisme.
Selon lui, un dialogue organisé à Kinshasa, sur le sol congolais et à l’initiative des institutions nationales, ne pouvait
raisonnablement compter, à ce stade, sur la présence physique des acteurs armés présents dans les zones échappant actuellement au contrôle du gouvernement.
« Même si vous leur adressez une invitation, pensez-vous réellement que les dirigeants qui se trouvent actuellement à Goma ou à Bukavu vont faire le déplacement pour venir à Kinshasa ? Je pense que l’annonce du chef de l’État est réaliste et logique », a-t-il soutenu.
Pour Jean-Pierre Lifoli, l’absence de ces acteurs à cette étape du processus ne signifie donc pas leur exclusion définitive de la recherche de la paix. Il insiste surtout sur le fait que le dialogue ne doit pas être réduit aux seules assises qui seront organisées à Kinshasa.
À ses yeux, le processus de recherche de la paix en RDC est engagé depuis plusieurs mois à travers différentes initiatives diplomatiques et négociations internationales. « Tout ce qui s’est passé à Luanda, aux États-Unis d’Amérique et à Doha constitue des étapes de dialogue et de négociation. L’étape actuelle concerne maintenant les Congolais qui n’étaient pas parties prenantes de ces discussions extérieures », explique-t-il.
Le dialogue interne annoncé par Félix Tshisekedi devrait ainsi permettre aux populations et aux différentes forces vives du pays de formuler leur propre lecture de la crise congolaise et de proposer des pistes de sortie.
« Il n’y a pas d’exclusion dans la mesure où le gouvernement négocie sur plusieurs fronts à l’extérieur du pays et décide également d’ouvrir une réflexion à l’intérieur. Comme le dialogue est un processus, il y aura certainement un moment de convergence entre ce qui se passe à l’extérieur et ce qui sera proposé à l’intérieur afin de parvenir à une solution globale », a affirmé le professeur Lifoli.
Le scientifique salue également la volonté du garant de la Nation de faire commencer les réflexions à la base, avant leur convergence au niveau national. Pour lui, cette démarche s’apparente à une vaste consultation populaire, permettant aux différentes composantes de la société congolaise de s’exprimer librement sur l’avenir du pays.
Il appelle toutefois à éviter que les acteurs politiques de Kinshasa n’imposent leur seule vision aux provinces.
« Il ne faut pas qu’ils viennent nous imposer leur vision unique ou celle de leurs partis politiques. Il faut laisser la population, dans toutes ses composantes, réfléchir librement et exprimer ses opinions », prévient-il.
Les universitaires appelés à participer
Jean-Pierre Lifoli plaide notamment pour une participation active des universitaires, particulièrement dans des provinces comme la Tshopo, afin que la réflexion nationale bénéficie également de l’expertise scientifique.
Abordant la question de la « refondation de l’État », le professeur Lifoli estime que le dialogue peut légitimement examiner certaines dispositions institutionnelles et constitutionnelles qui mériteraient d’être améliorées.
Sans réduire ce débat à la question d’un éventuel troisième mandat du chef de l’État, il évoque plusieurs matières susceptibles d’être soumises à la réflexion nationale. « S’il y a des choses qui méritent d’être améliorées pour faire marcher le pays, je ne trouve aucun inconvénient à ce que certaines dispositions de la Constitution soient modifiées », affirme-t-il.
Malgré les réserves et les appels au boycott exprimés par certaines forces politiques et sociales, le professeur Jean-Pierre Lifoli se veut optimiste. Il considère que les réticences observées aujourd’hui ne signifient pas nécessairement l’échec du processus enclenché.
« Le début est toujours difficile. L’histoire de notre pays nous montre que les grands processus de dialogue connaissent d’abord des contestations avant d’aboutir progressivement à une convergence », souligne-t-il.
Ainsi, le professeur Jean-Pierre Lifoli appelle toutes les forces vives du pays à saisir cette occasion pour réfléchir collectivement à l’avenir de la République démocratique du Congo. « Si nous devons refonder le Congo, alors nous devons être ensemble et réfléchir calmement. Cette initiative est une occasion pour les scientifiques, les confessions religieuses, les acteurs politiques, la société civile et l’ensemble de la population congolaise de réfléchir sur le devenir de notre pays », a-t-il conclu.
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