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RDC : suspension des activités académiques à Goma et Bukavu, Christophe Muyisa redoute une « balkanisation des esprits » et interpelle l’État

Rédaction
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Dans une tribune d’opinion à portée scientifique et citoyenne, Christophe Muyisa, activiste pro-démocratie et défenseur des droits de l’homme, appelle les autorités congolaises à reconsidérer la décision de suspendre les activités académiques dans les universités et instituts supérieurs de Goma et de Bukavu, dans un contexte marqué par la guerre et l’occupation de plusieurs territoires.

Intitulée « Le droit à l’éducation ne se suspend pas en temps de guerre », cette tribune s’appuie notamment sur l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui consacre le droit de toute personne à l’éducation, ainsi que sur les dispositions constitutionnelles congolaises relatives à ce droit.

Selon Christophe Muyisa, la situation sécuritaire ne devrait pas conduire à priver durablement les étudiants de leur droit à l’éducation. Il rappelle que « les étudiants et les enseignants — agents de carrière de la fonction publique — ne peuvent devenir les victimes de l’échec de l’État à sécuriser et protéger le territoire national ».

*Une jeunesse qui n’a pas choisi la guerre*

La tribune met particulièrement l’accent sur la situation des jeunes de Goma et de Bukavu, confrontés aux conséquences directes du conflit. Pour l’activiste, ces étudiants ne doivent pas être considérés comme une simple variable d’ajustement face aux difficultés sécuritaires.

Christophe Muyisa estime qu'une interruption prolongée des études pourrait produire des conséquences sociales et sécuritaires importantes. Parmi les risques identifiés figurent notamment le recrutement des jeunes par les groupes rebelles, qui pourraient exploiter leur traumatisme et leur absence de perspectives pour les enrôler.

La tribune évoque également le risque de voir cette jeunesse devenir une « variable d’ajustement » dans les négociations politiques, ainsi qu’une possible rupture émotionnelle avec l’État.

> « Le sentiment d’exclusion peut nourrir une forme de balkanisation des esprits, avant toute fragmentation territoriale », prévient-il.



À terme, cette situation pourrait, selon l’auteur, accentuer la fracture nationale entre les populations vivant dans les territoires occupés et celles du reste du pays.

Pour soutenir son argumentaire, Christophe Muyisa rappelle également la période 1996-2003, durant laquelle plusieurs territoires de la RDC étaient occupés, alors que certaines universités et institutions d’enseignement supérieur avaient continué à fonctionner.

Il invite ainsi les autorités à tirer les leçons de cette expérience historique et à rechercher des solutions permettant de maintenir l’éducation, même dans des conditions difficiles.

La tribune souligne par ailleurs que les frais académiques et les autres dépenses liées à la formation universitaire sont largement supportés directement par les familles et, dans certains cas, par les étudiants eux-mêmes.

Dans ce contexte, une suspension des activités académiques risque, selon l'auteur, d'aggraver la précarité des ménages tout en fragilisant davantage les enseignants dont les revenus seraient affectés par la suspension annoncée.

Face à cette situation, Christophe Muyisa formule plusieurs recommandations. Il demande notamment :

1. La levée de l’arrêté ministériel n°239/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2026 du 20 août 2026 ;


2. La reprise pure et simple des activités académiques, notamment pour l’année 2026-2027 ;


3. L’implication des organismes internationaux œuvrant dans le secteur de l’éducation afin de rechercher des solutions adaptées au contexte sécuritaire ;


4. L’intégration de l’éducation, de la santé et des services financiers dans les négociations en cours à Doha/Montreux, en tant que secteurs vitaux devant être garantis aux populations.


« Nous devons mesurer les conséquences »

S’adressant directement aux dirigeants congolais, l’activiste les invite à mesurer les conséquences sécuritaires, sociales et politiques des décisions prises dans le contexte actuel.

Il pose notamment trois questions : que deviendront les milliers d’étudiants privés de leurs études ? Quel sera l’avenir des enseignants dont les revenus sont suspendus ? Et quelle frustration pourrait être créée au sein d’une jeunesse qui, selon lui, a refusé de légitimer la rébellion ?

Pour Christophe Muyisa, la réponse à la crise ne peut donc pas être exclusivement militaire ou politique. Il conclut sa tribune par une conviction : « Le changement peut venir d'autres initiatives que seulement de la politique ou de la rébellion. »

Franck Yenga
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