Depuis plusieurs mois, le tronçon routier reliant Kenge (chef-lieu de la province du Kwango) à Bandundu-ville (province du Kwilu) est devenu un véritable calvaire pour les usagers.
Totalement impraticable, cette voie vitale pour l’économie régionale s’est transformée en un obstacle insurmontable, plongeant des dizaines de villages dans une misère noire. Face à l'inertie des autorités, la population crie son désespoir.
Le constat est amer sur les 220 kilomètres qui séparent les deux chefs-lieux. Là où circulaient autrefois des camions chargés de produits agricoles et de marchandises, on ne trouve plus que des bourbiers profonds et des érosions menaçantes. Le trafic des véhicules lourds est quasiment à l'arrêt, isolant des milliers de familles dont la survie dépend exclusivement des échanges commerciaux permis par cette route.
"Nos villages souffrent. Nous vivons dans la misère car nous ne pouvons plus évacuer nos produits ni recevoir des produits de première nécessité. Notre vie entière dépend de cette route, et aujourd'hui, nous sommes coupés du monde" confie un habitant de la région au micro de la cloche du Congo.
Le silence des leaders politiques
L'amertume de la population se tourne également vers l'élite politique issue de la région. Malgré la présence de figures de proue sur la scène nationale, le sentiment d'abandon est généralisé.
"Nous avons de grands politiciens dans notre province, mais jusqu'à présent, nous ne voyons pas leur apport," déclare avec colère un habitant de Kenge. Les noms du Sénateur Mboso Kodia, le ministre de la budget Adolphe Muzito. Les résidents s'interrogent sur l'efficacité de leurs leaders face à la dégradation continue de leur propre fief électoral.
L'histoire de ce tronçon est celle de rendez-vous manqués. En 2015, grâce à un appui financier de l'Union européenne, l'Office des Routes (OR) avait entrepris des travaux de réhabilitation pour rétablir la circulation. Cependant, le manque d'entretien et les intempéries ont réduit ces efforts à néant. Aujourd'hui, aucun engin n'est visible sur le terrain, et les promesses de modernisation semblent s'être envolées avec la poussière des saisons sèches.
L'interruption de cet axe ne paralyse pas seulement le transport ; elle asphyxie l'économie locale du Kwilu et du Kwango, deux provinces à vocation agricole. Lors de la récente Conférence des Gouverneurs à Bandundu, le Chef de l'État a instruit le gouvernement d'accélérer les travaux d'infrastructures dans le Grand Bandundu, soulignant que l'insuffisance de dessertes freine l'essor de la région.
Pour les habitants de Kenge et de Bandundu-ville, il n'est plus temps pour les discours ou les études de faisabilité. L'urgence est au bitume et aux ponts. Sans une décision politique forte et immédiate, le grenier de Kinshasa risque de s'enfoncer davantage dans une précarité irréversible.
Franck YENGA depuis Bandunduville
