La gouvernance des ressources naturelles demeure une source majeure de tensions dans la Tshopo, le Haut-Uélé et le Maniema.
Dans un rapport consacré aux dossiers suivis entre 2024 et 2026, l’ONG Patrice Emery Lumumba pour le Développement communautaire, la Défense et la Promotion des droits humains (PELDDH), documente plusieurs conflits opposant des sociétés minières et forestières aux communautés locales, ainsi que des dossiers liés aux crimes fauniques et aux défenseurs environnementaux.
Selon ce rapport consulté par la Clocheducongo, plusieurs communautés sont confrontées au non-respect des cahiers des charges, à la spoliation des terres coutumières, à la déforestation, aux conflits d’usage et à la pollution des cours d’eau.
L’ONG affirme avoir constaté que certaines entreprises minières et forestières ne s’acquittent pas de leurs obligations communautaires et des investissements prévus en faveur du développement des communautés locales.
La pollution des rivières constitue également une préoccupation majeure. D’après les enquêtes rapportées par la PELDDH, les rejets issus notamment de certaines exploitations minières illégales affectent les écosystèmes aquatiques et fragilisent directement les activités des pêcheurs locaux.
Le rapport alerte également sur la situation des défenseurs des droits humains environnementaux, qui documentent les cas de déforestation illégale et les violations présumées liées aux activités minières et forestières.
La PELDDH fait état de pressions, d’intimidations et de risques sécuritaires accrus, dans un contexte marqué également par des conflits intercommunautaires autour de la cartographie et de l’utilisation des terres, auxquels ils sont confrontés.
L’organisation dénonce par ailleurs ce qu’elle décrit comme le comportement de certaines entreprises qui « règnent en maître » et seraient considérées comme « intouchables » auprès de certaines communautés et de certains services.
Elle estime que cette situation peut influencer le traitement de certains dossiers judiciaires et contribuer à des arrestations de défenseurs environnementaux à des fins d’intimidation.
Autre volet important du rapport est les crimes fauniques. La PELDDH présente la Tshopo comme une zone importante dans le trafic d’espèces protégées au sein du bassin du Congo.
Les dossiers judiciaires suivis concernent notamment le trafic de chimpanzés, d’okapis et de léopards, avec, selon l’ONG, des enquêtes ayant mis en évidence des réseaux complexes et, dans certains cas, de possibles complicités au sein des services étatiques.
Le rapport mentionne également le trafic d’ivoire et de perroquets gris. La PELDDH relève des saisies réalisées grâce aux actions conjointes de la justice, de l’ICCN, de Conserv Congo et des organisations de la société civile, citant notamment le récent relâchement de perroquets saisis au Jardin zoologique de Kisangani.
Face à ces dossiers, l’ONG estime nécessaire de renforcer les capacités des acteurs judiciaires et des communautés locales.
Elle appelle notamment à une formation sur le Code minier, le Règlement minier et le Code forestier au profit des magistrats civils et militaires, des avocats, des greffiers ainsi que des communautés locales.
« Nous avons aussi noté l'urgence de la formation du Code minier, Règlement minier, Code forestier des acteurs de la justice et des communautés locales parce qu'en visant certaines assignations, requêtes et en voyant l'état de certains dossiers ou certaines décisions judiciaires, nous remarquons qu'il y a une urgence de cette formation afin de faciliter une justice plus efficace dans nos juridictions. »
La PELDDH estime ainsi que la maîtrise de ces textes est indispensable pour améliorer le traitement des contentieux liés aux ressources naturelles et renforcer l’accès des communautés à la justice.
Le rapport indique que plus de 90 % des dossiers judiciaires suivis concernent la Tshopo, les autres étant liés au Haut-Uélé et au Maniema.
Sur l’ensemble des dossiers recensés, cinq seulement ont bénéficié de l’appui de partenaires pour l’accompagnement judiciaire et la délocalisation, tandis que onze dossiers restent à la recherche de partenaires capables de soutenir leur prise en charge devant les juridictions.
Rédaction
