À Kisangani, le phénomène de spoliation des cimetières censés être protégés par l’État, prend une allure inquiétante.
Dans une correspondance adressée au procureur général près la Cour d’appel de la Tshopo et consultée ce mercredi 11 mars 2026 par La Cloche du Congo, la Synergie des Avocats pour le Développement Durable (SADD), dirigée par Maître Patient Biselenge, dénonce de graves actes de spoliation et de profanation de tombes au cimetière de Kamba-Kamba, situé dans la commune de Kabondo.
Signée par son directeur Exécutif, maître Patient Biselange Bombali, la lettre appelle la justice à ouvrir une instruction judiciaire afin d’identifier et de poursuivre les auteurs présumés de ces pratiques jugées « inacceptables ».
Selon cette organisation, la ville de Kisangani est confrontée depuis plusieurs années à des vagues de spoliations foncières impliquant parfois des acteurs agissant dans l’ombre.
Mais, souligne la SADD, la situation aurait désormais franchi un seuil alarmant.
« Les spoliations ont atteint les lieux de repos des défunts », déplore l’ONG dans sa correspondance, évoquant plusieurs cas similaires signalés dans d’autres cimetières de la ville avant que le phénomène ne touche celui de Kamba-Kamba.
Pour l’organisation, la situation actuelle constitue une atteinte grave à la mémoire des morts et aux valeurs sociales, mais aussi une offense à la foi publique.
D’après les informations recueillies par la SADD auprès des habitants de la commune de Kabondo, une partie du cimetière ferait l’objet d’occupations illégales et de constructions anarchiques.
Les consultations populaires menées par l’organisation révèlent que de nombreuses tombes auraient été détruites ou auraient tout simplement disparu. Certaines portions du site seraient même transformées en parcelles d’habitation, avec l’érection de terrasses et d’établissements assimilables à des lieux de divertissement.
Plus troublant encore, l’ONG affirme que ces pratiques sont les faits d’individus agissant en bande organisée, certains opérant à visage découvert tandis que d’autres avanceraient masqués.
Des civils, mais aussi des agents appartenant à des services de sécurité et de renseignements, seraient également cités dans ces accusations.
Face à cette situation, de nombreuses familles ayant enterré leurs proches au cimetière de Kamba-Kamba expriment leur indignation. Certaines parlent même d’une faillite de l’État dans la protection des cimetières publics.
Selon la SADD, les autorités censées veiller à la sécurisation des sites funéraires semblent soit dépassées par la situation, soit incapables d’appliquer les dispositions légales en vigueur.
L’organisation affirme par ailleurs avoir tenté, sans succès, d’obtenir des audiences auprès des autorités compétentes afin d’évoquer la question.
Pour la SADD, la poursuite de ces pratiques pourrait avoir une conséquence dramatique qui est la disparition pure et simple du cimetière public de Kamba-Kamba.
Une situation qui priverait les habitants de la commune de Kabondo d’un espace destiné à l’inhumation des défunts, compromettant ainsi la possibilité d’enterrer dignement leurs proches.
Dans sa correspondance, la SADD demande l’ouverture d’une enquête approfondie afin d’identifier les responsables et de mettre fin aux spoliations.
Elle recommande également aux autorités judiciaires d’ordonner le déguerpissement des occupants illégaux et d’établir les responsabilités dans ce dossier.
Aux autorités politico-administratives, la SADD demande notamment le renforcement de la sécurisation du cimetière de Kamba-Kamba et la création d’un nouveau cimetière public sécurisé dans la commune de Kabondo.
L'ONG appelle les autorités foncières de la circonscription de Kisangani Sud à clarifier la situation foncière du site et à annuler tout titre délivré sur des parcelles situées dans l’enceinte du cimetière.
Rédaction.
