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Kisangani : après la profanation du cimetière des Six Jours, la société civile appelle à la conscience des jeunes et à la sécurisation de ce lieu historique

Rédaction
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À Kisangani, l’émotion est vive après les actes de vandalisme commis le 24 avril dernier au mémorial en construction du cimetière de la guerre des Six Jours. Une vague de condamnations s’élève au sein de la société civile, qui appelle les autorités à protéger ce site chargé d’histoire et de mémoire.

Selon le témoignage de l’ingénieur Élie Kamate, chef de chantier, qui décrit une scène désolante, des jeunes du quartier Plateau Médical, en colère contre les opérations de déguerpissement liées au site de l’aéroport militaire de Simisimi, ont pris pour cible ce lieu symbolique.

Le bilan des dégâts est lourd : la clôture du site a été forcée, des statues vandalisées dont l’une décapitée et une autre amputée de ses bras, des croix détruites et des tombes endommagées à coups de marteau. À cela s’ajoutent le vol de six lampadaires, la destruction d’une vingtaine de projecteurs, le pillage de matériaux de construction ainsi que le saccage du bureau du chantier.

Face à cette situation, plusieurs acteurs de la société civile se sont rendus sur place, ce samedi 9 mai, afin de constater les dégâts, exprimer leur indignation et lancer un appel aux autorités.

Pour Deba Lolia, coordonnateur de la structure Bomoko, membre de la société civile et de l’écosystème du FRIVAO, ces actes traduisent un déficit de conscience historique chez une partie de la jeunesse.

« À un mois des commémorations, il est regrettable de voir une génération qui n’a pas connu les affres de cette guerre profaner un tel lieu. Ce cimetière n’est pas seulement un espace de sépulture, c’est un symbole pour Kisangani, pour la Tshopo et pour toute la RDC. Nous avons l’obligation de le préserver », a-t-il déclaré, rappelant le passage récent de hautes autorités sur ce site appelé à devenir un haut lieu de mémoire en Afrique centrale.

L’émotion est encore plus vive chez les familles des victimes. Mami Utchudi, survivante dont plusieurs proches reposent dans ce cimetière, exprime une profonde douleur :

« Couper la tête d’une statue, c’est comme tuer une deuxième fois ceux qui sont enterrés ici. Ce sont des innocents morts pendant la guerre entre les armées rwandaise et ougandaise. Rien ne peut justifier un tel acte », déplore-t-elle, appelant le président de la République, le ministre de la Justice et les autorités provinciales à renforcer la sécurité du site.

Même son de cloche du côté de Lutula Philemon, secrétaire rapporteur du Fonds de solidarité des victimes des guerres des Six Jours, qui se dit « sans mots » face à l’ampleur des destructions, exhortant l’État à assurer une protection permanente de ce patrimoine mémoriel.

Dans un geste d’apaisement, Jean Lucien Liyamba, président du conseil communal de Makiso et de l’association Cabine Debout, a présenté ses excuses au nom des jeunes du quartier. « Ce lieu est un trésor. Il nous appartient de le protéger. C’est aussi une opportunité de développement pour notre communauté. Chaque jeune doit en être le gardien », a-t-il insisté.

Cette profanation intervient à quelques semaines du lancement des commémorations de la guerre des Six Jours, prévu le 5 juin prochain.

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